Béziers 14 août 2025 – Ma première corrida dans le callejón des arènes

Certaines journées ne sont pas seulement des dates dans un calendrier taurin.

Elles marquent un début.

Le 14 août 2025 restera pour moi une journée particulière : celle de ma première corrida photographiée depuis le callejón des arènes de Béziers.

Jusqu’à ce jour, je regardais la corrida avec le regard du photographe placé dans les gradins, cherchant à saisir la force du geste, la relation entre l’homme et le toro, la lumière sur le sable et ces instants suspendus qui font toute la singularité de la tauromachie.

Mais entrer dans le callejón change profondément la perception.

On ne regarde plus seulement la corrida.

On entre dans son rythme.

On ressent la tension avant l’ouverture de la porte du toril, les échanges rapides entre les membres des cuadrillas, les regards concentrés des toreros et cette proximité particulière avec le toro lorsque celui-ci apparaît dans l’arène.

Cette première expérience fut rendue possible grâce à Robert Margé.

Une rencontre qui ouvre une porte

Robert Margé occupe une place particulière dans l’histoire taurine de Béziers. Ancien directeur des arènes biterroises et figure importante de la tauromachie française, il connaît parfaitement l’univers des arènes et ceux qui le font vivre.

C’est par l’intermédiaire de mon ami Pierre-Yves Ambierni, qui a longtemps animé une bodega à Béziers et connaissait Robert Margé, que cette opportunité est née.

Avec simplicité et confiance, Robert Margé m’a permis d’obtenir mon premier accès au callejón.

Ce geste a constitué une étape essentielle dans mon parcours de photographe taurin.

Il ne s’agissait pas simplement d’obtenir un emplacement privilégié pour réaliser de meilleures images.

Il s’agissait d’entrer dans un monde avec ses codes, ses traditions et ses acteurs.

Un monde où le photographe doit apprendre à observer, à respecter et à comprendre.

Une affiche prestigieuse pour découvrir le callejón

Pour cette première immersion, le cartel proposé par les arènes de Béziers était particulièrement intéressant : six toros de Garcigrande pour Sébastien Castella, Alejandro Talavante et Carlos Olsina.

Une affiche réunissant trois personnalités très différentes de la tauromachie contemporaine.

Sébastien Castella : l’enfant du pays

Impossible d’évoquer Béziers sans parler de Sébastien Castella.

Originaire de la ville, il entretient une relation particulière avec ces arènes où il a écrit une grande partie de son histoire. En 2025, il célébrait d’ailleurs les 25 ans de son alternative, un anniversaire largement mis en avant lors de cette feria.

Photographier Castella depuis le callejón permet de percevoir une autre dimension de son toreo.

Au-delà des passes de muleta, ce sont les attitudes qui marquent.

La concentration avant le combat.

La précision des gestes.

La capacité à rester totalement présent dans chaque seconde.

Pour un photographe, ces instants sont précieux car ils racontent l’homme derrière le costume de lumière.

Alejandro Talavante : la recherche du geste pur

Alejandro Talavante représente une autre approche de la tauromachie.

Son toreo est souvent associé à la créativité, à l’improvisation et à une recherche esthétique particulière.

Son rapport au toro semble parfois chercher davantage l’harmonie que la démonstration.

Photographiquement, ces moments sont passionnants : il faut être attentif au rythme, aux pauses, aux attitudes presque immobiles qui précèdent un geste.

Carlos Olsina : la jeunesse et l’attachement à Béziers

Carlos Olsina représente une génération plus jeune de toreros français.

Né à Béziers, il possède un lien naturel avec cette arène et avec son public.

Sa présence dans ce cartel renforçait le caractère local et humain de cette corrida.

Pour le photographe, suivre un torero proche de son territoire ajoute une dimension supplémentaire : celle d’un parcours qui se construit sous les yeux du public qui l’a vu grandir.

Depuis le callejón : une nouvelle manière de photographier

Cette journée a changé ma manière d’aborder la photographie taurine.

Depuis le callejón, l’image ne se limite plus à l’action.

Bien sûr, il faut anticiper une passe, une charge, un mouvement.

Mais les images qui restent sont souvent ailleurs.

Dans le regard d’un banderillero qui observe.

Dans le silence avant la sortie du toro.

Dans une main qui ajuste un détail du costume.

Dans la poussière soulevée par un déplacement.

Dans la concentration absolue d’un homme qui s’apprête à affronter un animal dont la puissance impose le respect.

Le callejón révèle tout ce qui existe autour de la faena.

Il montre les hommes de l’ombre, ceux qui préparent, accompagnent et sécurisent chaque instant de la corrida.

Une journée fondatrice

Cette corrida du 14 août 2025 restera pour moi bien davantage qu’un simple reportage photographique.

Elle marque ma première immersion dans le callejón, cet espace discret où la corrida se révèle sous un autre angle.

Grâce à la confiance accordée par Robert Margé et à l’amitié de Pierre-Yves Ambierni, j’ai découvert un univers que le spectateur ne perçoit généralement pas depuis les gradins.

Au-delà des images réalisées ce jour-là, je retiens surtout les regards, les silences, la concentration des hommes avant l’entrée en piste et cette proximité nouvelle avec tous ceux qui font vivre la corrida.

Les photographies présentées dans ce carnet sont les premières pages d’un travail consacré à la mémoire de la tauromachie, à ses acteurs et à ces instants fugaces qui disparaissent dès que le sable retrouve son calme.

Cette journée biterroise restera comme le point de départ de cette aventure photographique.